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NON à la signature de la PPE3 — STOP au surpoids du coût de l’énergie

Le Premier ministre Gérald Lecornu a annoncé vouloir signer le décret relatif à la PPE3 (troisième programmation pluriannuelle de l’énergie) d’ici au 22 février 2026, suite à une mise en demeure de la Commission européenne. J’en appelle au Premier ministre : ne cédez pas à une pression extérieure qui va à l’encontre des avis des professionnels de l’énergie, qui mettrait en péril notre souveraineté énergétique et fragiliserait le pouvoir d’achat des Français.


Témoignages et analyses d’ingénieurs du secteur énergétique

Plusieurs ingénieurs en production électrique et ingénieurs diplômés en énergie nucléaire, en charge de l’exploitation et de la sûreté des installations, tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences opérationnelles et techniques d’un déploiement massif, rapide et prioritaire des renouvelables au détriment du nucléaire.


Risques opérationnels et techniques

- Fiabilité et production pilotable : le parc nucléaire assure une production continue et prévisible, assurant la stabilité du réseau. Les sources intermittentes (éolien, solaire) ne fournissent pas de garantie de disponibilité instantanée ; leur intégration nécessite des moyens de compensation (stockage massif, unités pilotables de secours) encore coûteux et partiellement immatures à grande échelle.

- Contraintes d’exploitation des centrales nucléaires : même si le nucléaire est jugé l’un des moyens de production les plus fiables et sûrs, les installations ne sont pas conçues pour des cycles d’exploitation très variables. Des fluctuations fréquentes (montées/descente de charge répétées) accélèrent l’usure des composants thermomécaniques (turbines, roulements, vannes), augmentent la fatigue thermomécanique des générateurs et des échangeurs, complexifient la gestion des cycles vapeur, et élèvent la fréquence des maintenances et des arrêts non planifiés.

- Sécurité et maintenance : pour préserver la sûreté, les centrales nécessitent des calendriers d’entretien rigoureux et des procédures strictes. Contraindre les exploitants à modifier fréquemment les profils d’exploitation pour suivre l’intermittence augmente les interventions, les risques humains d’erreur et les besoins en pièces de rechange spécialisées.

- Déstabilisation du réseau et services système : l’intégration massive d’intermittents modifie l’inertie du réseau et les flux, exigeant des services système (réserves de fréquence, inertie synthétique, ajustements de tension) coûteux. Sans investissements lourds dans le stockage et les interconnexions, le réseau devient plus vulnérable aux variations météorologiques ou aux séquences de forte demande.

- Approvisionnement et dépendances industrielles : la fabrication et le déploiement rapides de panneaux solaires, d’éoliennes et des systèmes de stockage reposent sur des chaînes d’approvisionnement concentrées (métaux rares, composants électroniques et mécaniques). Les ingénieurs soulignent une dépendance accrue vis-à-vis de fournisseurs étrangers pour des composants critiques, fragilisant la résilience industrielle.

- Impacts environnementaux et coûts cachés : au-delà de l’empreinte territoriale et visuelle, la production massive d’équipements nécessite des ressources, pose des problèmes de recyclage et génère des déchets techniques dont le coût et la gestion sont souvent sous-estimés dans les scénarios optimistes.

- Coût global de la transition : en cumulant coûts d’installation, raccordement, renforcement des réseaux, stockage, reprises de maintenance accélérées et gestion des déchets, les estimations sérieuses font apparaître un coût total très élevé — plusieurs centaines de milliards d’euros d’ici 2040 — qui pèserait sur les finances publiques et sur la facture des consommateurs.


Conséquences économiques et sociales

- Pouvoir d’achat : une énergie structurellement plus coûteuse frappe directement les ménages, les artisans et les PME. L’augmentation durable des tarifs peut provoquer faillites, délocalisations d’activités à forte intensité énergétique et montée du chômage.

- Souveraineté industrielle : réduire trop vite la part du nucléaire sans capacités nationales alternatives suffisantes accroît la dépendance aux importations d’équipements et de matières premières, affaiblissant la compétitivité des filières industrielles.

- Risque de perte de robustesse du parc existant : une politique qui impose des cycles d’exploitation non optimaux au parc nucléaire risque d’accélérer le vieillissement des installations, entraînant des arrêts prolongés, des surcoûts de maintenance et une réduction de la disponibilité globale de production pilotable.


Arguments techniques des ingénieurs nucléaires

- Le nucléaire demeure, selon eux, la source la plus fiable et la plus sûre pour assurer une base pilotable et continue. Toutefois, la fiabilité n’autorise pas une exploitation au petit bonheur la chance : on ne « joue pas avec les manettes » d’une centrale. Les manipulations répétées et inadaptées, même pour répondre à des impératifs de marché ou des objectifs de déploiement des renouvelables, accroissent les risques d’incident matériel ou d’arrêt prolongé par nécessité de réparations.

- Les ingénieurs demandent des trajectoires d’exploitation définies, des marges de sécurité opérationnelles, des programmes de maintenance renforcés et un calendrier de renouvellement matériel financé et planifié pour éviter une dégradation prématurée du parc.


Critiques de la PPE3 telle qu’envisagée

- Imposition d’un mix trop centré sur l’intermittent : la PPE3, selon ses détracteurs, favorise une prolifération d’énergies intermittentes sans avoir préalablement sécurisé les moyens de flexibilité nécessaires.

- Élimination progressive des hydrocarbures : l’exclusion rapide des hydrocarbures du mix énergétique, alors que d’autres nations industrielles maintiennent des capacités de secours, expose à des pertes de compétitivité.

- Coût estimé insoutenable : l’impact financier sur l’État et les consommateurs, estimé à plusieurs centaines de milliards d’euros d’ici 2040, est jugé incompatible avec le niveau d’endettement public et le fardeau déjà supporté par les ménages.


Recommandations et demandes adressées au gouvernement

- Ne pas signer la PPE3 dans sa forme actuelle ; suspendre la décision le temps d’une concertation approfondie et transparente avec le Parlement, les exploitants, les syndicats d’ingénieurs, les industriels et les collectivités territoriales.

- Reprendre l’évaluation coût/bénéfice en intégrant les contraintes d’exploitation réelles du parc nucléaire, les coûts complets du stockage et du renforcement réseau, ainsi que les risques de dépendance industrielle.

- Adopter une trajectoire pragmatique : combiner un maintien sécurisé et modernisé du parc nucléaire pilotable avec un déploiement progressif et maîtrisé des renouvelables, lié à des investissements effectifs dans le stockage, le renforcement des interconnexions et la fabrication locale de composants critiques.

- Prévoir des mesures de protection du pouvoir d’achat : mécanismes de soutien ciblés pour les ménages vulnérables, aides aux petites entreprises et industries stratégiques pour éviter une vague de délocalisations.

- Financer et planifier rigoureusement la maintenance et le remplacement des composants des centrales nucléaires pour préserver leur durée de vie et leur sûreté opérationnelle.


Conclusion

La transition énergétique est indispensable, mais elle doit reposer sur une planification technique rigoureuse, un chiffrage complet des coûts et une politique industrielle garantissant la résilience et la souveraineté. Les ingénieurs de terrain et les spécialistes du nucléaire rappellent que la robustesse du système électrique repose sur une base pilotable et sûre : l’on ne peut sacrifier cette base sans disposer simultanément des moyens industriels, financiers et techniques pour compenser l’intermittence sans danger ni coûts excessifs. En l’état, signer la PPE3 serait précipité et dangereux ; il est urgent de revoir le projet avant toute signature.

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