Laurent Hennequin explique clairement cette loi ; qui mieux que lui pour en parler ?
- Mireille Bleivas
- 28 févr.
- 4 min de lecture
avec l’accord de mon ami et médecin, le Dr Laurent Hennequin, je vous soumets les échanges de courriels qu’il a eu avec un représentant de l’État.
Monsieur le Député, Monsieur Favennec,
je complète ma réponse de mercredi 18 dernier.
Merci infiniment pour votre cours de démocratie représentative, qui m'inspire plusieurs remarques.
Lorsqu'une loi est votée, c'est le rôle de nos représentants de contrôler l'action du gouvernement et d'en vérifier l'application. Les soins palliatifs sont censés être accessibles à tous, partout sur tout le territoire français, depuis le 9 juin 1999 (loi Kouchner, renforcée par la loi Léonetti de 2015 - que vous avez probablement adoptée vous-même puisque elle fut votée à l'unanimité- et par la loi Claeys-Léonetti de 2016. Il est cynique de proposer l'euthanasie aux patients qui sont au-delà de tout recours thérapeutique, qui ne peuvent donc pas bénéficier de soins palliatifs puisque ceux-ci ont été notoirement insuffisamment développés, au mépris de ces trois lois qui en imposaient le déploiement ... C'était pourtant votre rôle, depuis 2002, de faire valoir cette nécessité de mettre ces soins à la disposition de tous nos concitoyens. Comment se fait il que l'ardent défenseur de la démocratie représentative ait négligé de le faire ? Cela pourra vous être reproché.
La prévention du suicide est un enjeu reconnu de santé publique. Des commissions parlementaires se sont déjà penchées sur ce sujet douloureux. Le suicide est un drame personnel, familial, et sociétal : il impacte obligatoirement notre société tout entière. C'est une déflagration qui s'étend bien au-delà du simple cercle familial. Il est responsable de presque 9000 décès par an. La mortalité par suicide en France est parmi les plus élevées d'Europe (env. 13 décès pour 100 000 habitants ; rappel : plus de 17 décès pour 100 000 hab. dans notre région des Pays de la Loire, dans le top 3 des régions françaises, Pays de la Loire qui vous compte parmi ses élus de la démocratie représentative). La loi Falorni permettra à un "suicidant" majeur de passer à l'acte, pris en charge par l'Etat, dans des délais incroyablement courts, expéditifs, sans que ses proches soient informés, sans qu'il aient seulement la possibilité de le dissuader, de le raisonner. Quelle violence ! Prenez garde Monsieur Favennec : il y aura certainement des recours juridiques, des protestations. Je ne peux pas imaginer qu'une mère apprenne sans violence ni désespoir, ni sans protestation, que son enfant ait vu son suicide légalisé, autorisé, organisé et "réussi" par l’État, sans qu'elle ait pu l'empêcher.
J'ai évoqué la perte de confiance dans les soignants. Le venin est déjà instillé. J'ai déjà des "retours" de proches qui ne vont plus à l’hôpital avec le sentiment d'y être soigné, mais de courir le risque d'y être euthanasié. C'est comme ça. Les gens ont "entendu à la télé" que "la loi avait été adoptée" (ne faisant pas la différence entre une première et une deuxième lecture, ne connaissant pas le principe des navettes parlementaires, des commissions mixtes paritaires, du passage par le Conseil Constitutionnel, etc ...) Pour eux, dans leur esprit, le ver est déjà dans le fruit. Dramatique ! Cette loi, même envisagée, non encore votée, vient déjà polluer la relation médecin-malade, soignant-soigné. C'est terrible !
Le rôle d'un élu de la démocratie représentative est de mettre en œuvre toute action orientée vers le bonheur de son peuple. Il a surtout, comme chacun de nous, mais plus que tout autre, un devoir de protection des plus fragiles, des plus pauvres, des plus vulnérables. Or cette loi va certes autoriser l'euthanasie à ceux qui la souhaitent pour eux, ou pour leurs proches ... mais elle va immanquablement s'imposer aux autres. L'euthanasie légalisée, légitimée, rentrée dans les mœurs, sera suggérée, puis conseillée, puis deviendra incitation, et pour finir obligation, pour des raisons de pression sociale, économique, et de pression du patient sur lui-même, mais je vous l'ai déjà écrit.
Le "mandat impératif est interdit". Je le comprends bien. Chaque parlementaire vote en son âme et conscience. Certes. Mais finalement comme agit n'importe quel citoyen, et pour tout acte de la vie quotidienne. Je m'interroge cependant, dans le cas des députés favorables à la loi, si eux-mêmes ne sont pas soumis à des pressions de lobbies ou d'idéologues. Ils me disent, comme vous, que de nombreux témoignages de souffrances atroces et de fins de vie douloureuses plaident pour l'adoption rapide de cette loi, et que ce serait une préoccupation d'une majorité de français. C'est bizarre, quand je discute avec mes patients, ou même simplement au café du commerce, ou dans la rue, je n'ai pas beaucoup de retours identiques dans ma propre expérience. Le sondage récent de la Fondapol nous dit au contraire que la majorité de nos concitoyens plébiscitent les soins palliatifs, le soulagement de la douleur et un accompagnement humain lorsque se posera pour eux le problème de leur propre fin de vie.
Ne vous trompez pas de combat, Monsieur Favennec. Prôner l'euthanasie et la culture de mort n'est pas le rôle d'un élu de la démocratie représentative.
Pensez au bonheur du peuple qui vous a élu, et préservez le de cette violence.
Monsieur le Député, Monsieur Favennec
vous êtes appelé dès aujourd'hui à discuter en séance plénière la proposition de loi sur "l'aide à mourir".
Vous ne pouvez PAS voter en faveur de cette loi. Vous ne pouvez PAS légitimer l'euthanasie et le suicide assisté, même avec les garde-fous inclus dans le texte. Vous connaissez les dérives inévitables dans les pays qui les ont légalisés ... la France n'y échappera pas.
Vous ne pouvez pas voter ce texte, sous peine de rompre le pacte social qui vous lie au peuple français. Mes précédents courriers ont développé beaucoup d'arguments. Vous avez sûrement lu mon article dans Valeurs Actuelles : https://www.valeursactuelles.com/societe/notre-devise-nationale-premiere-victime-du-projet-de-loi-sur-laide-a-mourir
Je me suis exprimé sur la sédation continue, qui rend inutile la loi en discussion : https://m.youtube.com/watch?v=s3INsNGeEA
Vous ne pouvez pas commettre l'irréparable, pour ces nombreuses raisons. J'en cite trois, d'une gravité extrême.
1- cette loi va détruire définitivement le lien de confiance, pourtant indispensable, entre soignants et soignés. La main qui soigne ne peut pas être une main qui tue (*).
2- cette loi va éteindre définitivement la prévention du suicide (**)




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