La montée de la violence chez les jeunes à l’ère numérique : enjeux, responsabilités et pistes de prévention
- Mireille Bleivas
- 22 juil. 2025
- 4 min de lecture
Aujourd’hui, il apparaît que la jeunesse, notamment les jeunes et les adolescents, semble plus violente qu’auparavant. L’actualité, malheureusement, ne cesse de nous le rappeler, avec des faits divers et des actes de violence qui choquent la société. Cette montée de la violence, parfois jusqu’à l’ultra violence, soulève de nombreuses questions et alimente le débat sur l’impact des réseaux sociaux dans la vie des jeunes. Certains experts considèrent ces plateformes comme une cause directe de cette violence accrue, tandis que d’autres les voient plutôt comme un accélérateur, un facteur qui intensifie des tendances déjà présentes.
Pascal Lardellier, sociologue et professeur à l’université de Bourgogne, spécialiste des usages numériques, apporte un éclairage précieux sur cette problématique. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont *Générations 3.0 : Enfants et ados à l’ère des cultures numérisées* (EMS Éditions, 2016), il souligne que l’exposition continue à des contenus ultra-violents peut favoriser la propension à passer à l’acte. Selon lui, cette immersion prolongée dans des images de violence, accessible à travers les écrans, peut désensibiliser les jeunes et réduire leur capacité à distinguer la fiction de la réalité.
Les chiffres récents confirment cette tendance préoccupante. En 2022, un rapport sénatorial indiquait que, entre 2016 et 2019, le nombre de mineurs mis en cause pour des coups et blessures sur des personnes de moins de 15 ans avait augmenté de 12,4 %. Plus récemment, un rapport du ministère de la Justice de juin 2025 révélait une hausse alarmante de 77 % du nombre de mineurs mis en cause pour violences sexuelles entre 2017 et 2024. Ces données, difficiles à manipuler ou à déformer, attestent d’une généralisation de la violence chez les jeunes, qui ne peut être ignorée.
Pour Pascal Lardellier, cette violence ne doit pas être considérée comme un simple phénomène de société ou comme de simples faits divers. Elle s’inscrit dans un contexte où la surexposition aux écrans et à des contenus violents joue un rôle central. Nous vivons désormais dans une époque qu’il qualifie d’« époque orange numérique », où l’accès à une multitude de contenus numériques, souvent violents, est quasi illimité. Cette situation favorise une accoutumance, voire une dépendance, à ces images, qui peuvent influencer le comportement des jeunes.
Les réseaux sociaux, en particulier, jouent un rôle ambivalent. Sont-ils une cause ou un simple accélérateur ? Pascal Lardellier nuance en évoquant une forme d’accoutumance à des contenus ultra-violents, notamment des vidéos montrant des violences physiques ou sexuelles. Ces contenus, souvent diffusés pour attirer l’attention ou provoquer le buzz, alimentent une spirale où la violence devient un moyen d’obtenir de la reconnaissance ou de se faire remarquer. La recherche du buzz, des challenges ou des défis violents contribue également à cette dynamique, en particulier chez les jeunes qui cherchent à se faire une place dans leur communauté ou à prouver leur virilité.
L’anthropologue observe aussi que, dans certaines communautés de socialisation, l’exposition à la violence peut être perçue comme un rite de passage, une étape vers une forme de virilité ou d’appartenance. Autrefois, les parents contrôlaient strictement ce que leurs enfants pouvaient regarder ou expérimenter. Aujourd’hui, cette surveillance s’est relâchée, laissant place à une certaine permissivité, voire à une ignorance des risques liés à cette exposition.
Face à cette situation, la question de la régulation des réseaux sociaux se pose avec insistance. Pascal Lardellier estime qu’il ne faut pas interdire purement et simplement ces plateformes, mais plutôt les réguler. L’État a un rôle à jouer dans la mise en place de mesures pour limiter l’accès à certains contenus dangereux, notamment pour les jeunes. Cependant, la responsabilité principale revient aussi aux parents. Beaucoup d’entre eux, par facilité ou ignorance, offrent à leurs enfants des smartphones ou des tablettes, en leur laissant regarder pendant des heures des vidéos ou des images souvent à caractère violent ou choquant.
La lutte contre cette violence ne peut donc pas se limiter à une seule dimension. Elle doit s’appuyer sur une action concertée entre l’école, la famille, et les institutions. L’école, par exemple, peut jouer un rôle éducatif en sensibilisant les jeunes aux dangers de la violence numérique et en leur apprenant à faire la part des choses. Les parents, quant à eux, doivent instaurer un cadre clair et surveiller l’utilisation des écrans, tout en étant à l’écoute de leurs enfants.
Le débat sur la régulation des réseaux sociaux est d’autant plus crucial que des personnalités politiques, comme Emmanuel Macron, ont récemment évoqué la possibilité d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Si cette mesure peut sembler pertinente pour limiter l’exposition à certains contenus, elle ne doit pas faire oublier que l’interdiction totale n’est ni réaliste ni souhaitable. Il est également essentiel de préserver un accès équilibré aux outils numériques, notamment pour permettre aux jeunes de rester en contact avec leurs proches ou de s’informer.
En tant que père d’une adolescente, Pascal Lardellier partage une vision nuancée : il estime qu’il est important que les jeunes aient un smartphone pour pouvoir communiquer en cas d’urgence, mais il insiste aussi sur la nécessité d’un encadrement et d’une éducation à l’usage responsable des écrans. Le débat doit donc être plus clair, plus transparent, afin que chacun comprenne les enjeux et les responsabilités.
En conclusion, la montée de la violence chez les jeunes, amplifiée par l’omniprésence des écrans et des réseaux sociaux, pose un défi majeur à notre société. La solution ne réside pas dans une régulation purement répressive, mais dans une approche globale, éducative et préventive, impliquant tous les acteurs : familles, écoles, institutions et plateformes numériques. C’est en travaillant ensemble que nous pourrons espérer réduire cette violence et protéger la jeunesse dans un monde de plus en plus numérisé.




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