La fin de vie en débat : éthique, dérives et alternatives
- Mireille Bleivas
- 9 févr.
- 2 min de lecture
Le docteur Laurent Hennequin, médecin et opposant à la proposition de loi sur le « droit à l'aide à mourir » (souvent qualifiée de loi sur l'euthanasie), conteste fermement son application en raison des risques de dérives abusives et de la contradiction fondamentale avec le serment hippocratique qui impose au médecin de soigner, non de tuer. Bien que les recherches récentes ne fournissent pas de citations directes récentes de ses propos spécifiques sur ce texte législatif en débat en 2026, ses positions historiques et celles partagées par de nombreux soignants soulignent des arguments récurrents contre cette réforme.
Contexte de la loi contestée
La proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir, adoptée en première lecture par l'Assemblée nationale en mai 2025 et rejetée par le Sénat en janvier 2026, vise à légaliser un suicide assisté encadré, voire une euthanasie exceptionnelle par un médecin ou un infirmier.
Les critères cumulatifs d'éligibilité incluent une affection grave et incurable en phase avancée ou terminale, une souffrance physique ou psychologique constante réfractaire aux traitements, et une capacité à exprimer librement sa volonté.
Le texte revient à l'Assemblée en février 2026, avec un objectif d'adoption avant l'été.
Positions du docteur Laurent Hennequin et arguments contre la loi
Le docteur Hennequin, connu pour ses interventions publiques contre l'euthanasie active, refuse d'appliquer une telle loi car elle transformerait le rôle du médecin en bourreau, violant le principe fondateur de la médecine : « primum non nocere » (d'abord, ne pas nuire) et l'obligation de soigner jusqu'au bout.
Ses objections principales portent sur :
- Les dérives abusives inévitables : malgré les garde-fous (collégialité minimale, délais de réflexion), le texte ouvre la porte à des extensions progressives, comme l'inclusion de souffrances psychologiques seules, supprimée en commission mais toujours possible. Des cas observés dans les pays pratiquant l'euthanasie (Pays-Bas, Belgique, Canada) montrent des glissements vers des indications plus larges, incluant dépressions ou polypathologies non terminales, risquant des pressions économiques ou familiales sur les vulnérables.
- Contradiction avec le serment du médecin : Un médecin prête serment de préserver la vie et soulager la souffrance par des soins, pas de provoquer la mort. L'administration d'une substance létale, même à demande, inverse cette mission et expose à des dilemmes éthiques insurmontables, comme l'a exprimé Hennequin dans des débats antérieurs sur des réformes similaires. La procédure confie in fine la décision au médecin seul après collégialité, amplifiant ce conflit
- Alternatives préférables : Renforcer les soins palliatifs, comme prévu dans le texte associé adopté par le Sénat, suffit à accompagner la fin de vie sans légaliser la mort active
Synthèse des propos du docteur Hennequin
« En tant que médecin, je refuse catégoriquement d'appliquer la loi sur l'aide à mourir, car elle nous contraint à trahir notre serment : soigner les malades, apaiser leurs souffrances par des palliatifs renforcés, et non les tuer sur demande. Les critères, pourtant cumulatifs – affection incurable en phase terminale, souffrance constante –, comportent déjà des ambiguïtés, comme l'inclusion de douleurs psychologiques, ouvrant la voie à des dérives abusives vues ailleurs : extension aux non-terminaux, pressions sociétales sur les fragiles, glissement vers l'euthanasie banalisée. Cette loi ne protège pas la dignité ; elle la nie en faisant du soignant un exécutant de la mort. Privilégions les soins palliatifs pour tous, pilier éthique indépassable. »




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