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Incident à Dol-de-Bretagne : des agriculteurs interpellent un camion de 21 tonnes de poulet brésilien destiné à Terrena



Une trentaine d'agriculteurs bretons ont intercepté mercredi 15 janvier 2026, à Dol-de-Bretagne en Ille-et-Vilaine, un camion frigorifique transportant plus de 20 tonnes de poulets surgelés en provenance du Brésil, destinés à la coopérative Terrena, l'un des plus grands groupes coopératifs agricoles français.  Cette action, menée dans le cadre de barrages filtrants contre les importations, met en lumière les tensions croissantes au sein de la filière volaille face à la concurrence étrangère.


Contexte de l'interception


L'opération s'est déroulée à la sortie de la voie express Saint-Malo-Granville, près de Saint-Malo, impliquant des membres de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles) et des Jeunes Agriculteurs. Les agriculteurs ont ouvert les portes du camion pour découvrir 22 tonnes de poulets brésiliens, destinés à être reconditionnés par Galliance, la filiale volaille de Terrena.


- Déroulement : Les manifestants ont annoncé leur intention de décharger la cargaison et de la déposer devant l'entrepôt de la coopérative en signe de protestation.

- Ampleur : Près de 25 à 30 tracteurs et agriculteurs étaient mobilisés sur ce barrage filtrant.

- Contexte national : Cette action s'inscrit dans une vague de contrôles de camions à travers la France, comme en Haute-Marne le lendemain, pour vérifier la provenance des marchandises.


Les éleveurs locaux, nombreux en Bretagne, dénoncent une hypocrisie : Terrena, coopérative détenue par des agriculteurs français, importe discrètement des produits concurrents alors qu'elle promeut la qualité et la vertu des productions hexagonales.


Réactions des agriculteurs


Les protestataires expriment une colère vive, qualifiant l'événement de "dindons de la farce". Un jeune agriculteur a déclaré : « Notre coopérative nous demande d’être plus vertueux en France, joue sur notre sérieux et la qualité de nos élevages mais de l’autre elle importe en douce du poulet brésilien ».


- Arguments principaux :

  - Concurrence déloyale due à des normes françaises strictes empêchant l'agrandissement des poulaillers.

  - Coûts de production brésiliens deux fois inférieurs, avec utilisation d'antibiotiques et de désinfectants comme l'eau de Javel.

  - Menace du Mercosur : même non signé, ses effets se font sentir via des importations déjà actives par les groupes agroalimentaires.

Thierry Bourgeault, responsable FDSEA cantonal, a insisté sur le slogan « On ne se laissera pas faire ». Les éleveurs soulignent que ces importations visent la restauration collective et hors foyer (RHD), où un poulet sur deux est déjà importé en France


Position de la coopérative Terrena


Terrena minimise l'incident et justifie ses importations par un manque de production française. Olivier Chaillou, agriculteur et président de Terrena, précise : « Sur 140 000 tonnes de volailles crues que nous utilisons chaque année, les importations en provenance du Brésil représentent seulement environ 1 % du volume »


- Explications fournies :

  - La production française et européenne ne couvre pas totalement la demande pour certaines découpes prisées, comme les filets

  - La cargaison était destinée à la RHD

  

La coopérative, qui se targue habituellement de défendre l'agriculture française, relativise ainsi le volume importé face à ses besoins globaux


Enjeux plus larges pour la filière volaille


Cet épisode révèle des fractures profondes dans le secteur avicole français :

- Normes et production : Les contraintes réglementaires freinent l'expansion des élevages locaux, forçant les importations malgré une demande soutenue

- Mercosur en filigrane : Les agriculteurs craignent une accélération des flux sud-américains, le Brésil étant un géant de la volaille à bas coût

- Conséquences : Ces actions de contrôle se multiplient, alimentant la mobilisation nationale contre ce que les éleveurs perçoivent comme un bradage de l'agriculture française


Alors que la production locale peine à suivre, cet incident questionne la cohérence des coopératives et appelle à un débat sur les équilibres entre normes environnementales, compétitivité et souveraineté alimentaire.

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